Pierre Pelloux, homme de l'ombre
Pierre Pelloux, homme de l’ombre est un livre hommage au peintre qui m’a ouvert les portes de la création. Sortie en librairie le 20 septembre 2007. Édition Thalia (Paris)144 pages, 150 reproduction quadri, 30 noir et blanc. Prix public : 39€ Aux plis obscur …Aux plis obscurs laisser les mystères de l’intime. Mais sur les tissus-peaux du monde, inscrire, tailler, griffer, graver, gratter, caresser, pacifier les plaies de soi jusqu’à broder les cicatrices de soie. Robe, tissu, peau !Robe, tissu, peau ! Peindre, écrire… Tatouer la peau du monde ! Dans la mémoire resurgie, dresser les robes fétiches Veiller le souvenir. Eveillée. Offrir aux dieux des fleurs, des fruits du rouge du sang de la vie, Phénix embrasé Présence de l’absence Désir de vivre encore Les Robes succèdent aux Gynéglyphes, à Vénus revoilée. Corps montré/caché, mystère nouveau de l’être. Robe sarcophage Ce ne sont que… des cages d’amour ! … devant l’horreur des violences du monde… n’avoir qu’un chant contre la mort ! SimulacresA chaque étape nouvelle se fait en moi la conscience de rejoindre un acte très archaïque. Porteurs de la Mémoire du Monde. Mes Robes modelées et peintes avec les matériaux classiques de la peinture sont des hommages et des détournements. Tissu substitut de la peau, robe enveloppe, signe de corps. Simulacres. Rituel funéraire de décoration du sarcophage. Hommage et sacrifice. Robes portées, sacrifiées, offertes à la mémoire de ce qui fut. Fidélité : non oubli. Ex-voto. Transmutation de l’être en devenir dans le silence et le secret du laboratoire alchimique de l’âme. Robes figées, traces chrysalides abandonnées par le nouvel être. Nymphes parées pour dire la femme autre. Ailleurs. Ninfa ! Théâtre de la vie où l’envers du décor n’est pas peint. Illusion avouée. Fondation du Présent pour l’à venir. Mutation de l’art d’aujourd’hui. Inscription dans l’espace-temps. Hommage à la peinture d’hier, retour au travail « à l’ancienne » avant d’ouvrir la porte aux techniques du futur. Reculer pour mieux avancer. Bondir vers les étoiles ! Maillon de la chaîne génétique de ceux qui m’ont précédée, de ceux qui me suivront, je veux être miroir de la vie. Dans le vacarme des idolâtres tonitruants, je veux parler la langue des oiseaux. Sans refus des ombres du monde, je désire suivre Matisse vers Luxe, calme et volupté. Grain de grenade dans la Fraternité des Hommes. Avec ma spécificité d’artiste Gyneglyphes et autres signesJ’ai toujours été intéressée de comprendre ce qui se vit dans la peinture. Ma démarche, figurative, puis abstraite, est rapidement devenue celle de l’écriture automatique… et le 16 mars 1989 je note dans mon journal : « Je veux travailler sur cette toile d’abord couverte de jaune puis recouverte de rouge – rouge Uccello – La peinture n’est pas sèche, étonnamment. Je frotte ce rouge avec un chiffon. Je m’acharne. Le jaune revient sous le rouge. Peu à peu je m’émerveille devant cette matière : on dirait de l’or, par endroits. Je dose mes gestes, je répartis mes frottements suivant ce que je vois apparaître. Jeu entre ce que me renvoie la toile et ce que je lui réponds. J’enlève les réserves de gomme sur ces signes qui ressemblent à des écritures mystérieuses et que j’avais tracés sur le blanc de la toile, il y a plusieurs mois déjà. Je gratte, je frotte… je découvre, je dévoile… je grave d’autres signes dans la couleur. Ma jouissance devient grande. Ce qui était difficile au départ est devenu jeu, jubilation ! Et tout à coup, c’est comme si tout ce travail de signes, d’écritures-peintures, que je fais depuis plusieurs années, débouchait enfin sur la vision, la compréhension, la claire-voyance, l’ouverture. » Ce que je comprends là, c’est le rapport entre le support de la peinture et la peau. Je fais subir à ma toile ce que je fais subir à ma peau : caresses, frottements, grattages… et mon désir de voiler, dévoiler… aller plus loin, découvrir ce qu’il y a derrière, dessous… fouiller, retrouver la mémoire… ma mémoire ! Et ces signes me rappellent les signes d’avant l’écriture, les signes mystérieux du temps de mon apprentissage de la lecture, et les signes sacrés que transcrivaient les scribes parfois sans les comprendre… Hiéroglyphes ! Sur ma toile, sans que je les cherche, sont venus des signes dont j’avais la sensation qu’ils cherchaient à retrouver des signes déjà tracés et m’amenaient à une sorte d’initiation au sacré, à l’écriture, à la peau… Parallèlement, je découvrais un roman de José Pierre sur Gauguin. L’auteur y fait parler le peintre de la peau, de la toile, des dieux… et du zaïmph, voile sacré de la déesse Tanit dans le Salammbô de Flaubert. Dans Salammbô, Flaubert fait dire à Spendius : « … il y a dans le sanctuaire de Tanit un voile mystérieux, tombé du ciel, et qui recouvre la Déesse. … Il est divin lui-même, car il fait partie d’elle. Les dieux résident où se trouvent leurs simulacres. » Cette phrase se grave en moi. Elle me vient au moment où, plastiquement, je désire travailler sans châssis, en gardant une préparation très traditionnelle. Je commence par réaliser trois masques de toile en volume et peints comme mes peintures sur châssis. La toile, le visage, la peau, me ramènent au zaïmph, à la représentation des dieux, aux idoles, à la sexualité, à la femme que je suis. Femme. Femme déesse. Femme esclave. Femme objet… Signe de femme. Corsetterie féminine. Sacraliser un objet. Le détourner de l’érotisme par le travail plastique pour le rendre à l’érotisme… sacralisé. Slips, soutiens gorge : signes érotiques de conquête. Parures/trophées. Corps voilé/dévoilé. La femme est là et ailleurs. Signe : manifestation apparente d’un au-delà. Le signe est une partie qui renvoie à un tout. D’après le dictionnaire, simulacre : représentation figurée. Fausse apparence. Le simulacre masque l’absence du corps. Chaque slip et chaque soutien gorge de mon installation porte un prénom de femme et devient tableau de chasse d’un oncle mirifique dans un texte que j’imagine. A chaque pièce correspond le récit d’une rencontre amoureuse. Je regroupe ces récits sous le titre Innommée. Dans mon travail plastique, les Gynéglyphes s’inscrivent comme une suite des Signes Passion : ils sont eux-mêmes signes. Mais parallèlement, je travaille sur le Cantique des cantiques et sur des toiles où une forme d’œuf peut signifier un visage, un œuf contenant les germes d’un nouveau monde, un miroir… et aussi des toiles où l’ocre domine et où sont ménagées des fenêtres ouvertes sur les premières traces de peinture : en signe de mémoire d’histoire. Puis viennent les Morceaux de corps qui sont des empreintes de ma peau devenue page blanche ou porteuse de mots d’amour, ou voilée partiellement ou entièrement. Cette série, en cours, sera groupée sous le titre Vénus revoilée. A propos de l’exposition de Chirico au musée d’art moderne de la ville de Paris.Février 2009 Il ne s’agit pas de bien peindre, pour être artiste ! Giorgio de Chirico ne l’avait-il donc pas compris? Ou bien peut-être le savait-il et son cynisme, alors, serait terrible. Décidément, je partage la colère d’André Breton, à la mesure de son goût pour la période métaphysique : « C’est la chose la plus facile au monde que de faire ce type de peinture, même si en ce moment on peut trouver des gens assez stupides pour en acheter.» Et lorsque j’apprends que Warhol adorait les plagiats de Chirico par lui-même – on appelle ça « Replay » - l’envie me prend de crier : « Warhol, ras-le-bol ! » Oui, Andy Warhol adorait, paraît-il, les répliques que s’était mis à peindre Chirico de ses propres paysages métaphysiques. Warhol, de Chirico : clowns tristes de notre époque où Narcisse, séduit par les miroitements des sunlights sur l’eau, n’ose plus traverser le miroir ?
Bonjour vous14x10,5cm, 35 pages, 7€ signum edizioni d'arte, disponible auprès de l'auteur rouge couché20,5x14cm, 44 pages, 9€ éditions Jacques André |
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